Martin Duplantier, architecte franco-belge diplômé d’HEC Paris et de l’école nationale supérieure de Paris-Malaquais est président de l’association AMO, Architecture et Maîtrise d’Ouvrage. Son agence éponyme est ancrée à Paris et à Bordeaux.

Martin Duplantier a œuvré avec Le Grand Réservoir à la conception du projet Le Marché Flottant des Invalides, en réponse à Réinventer la Seine pour le site du Port de Gros Caillou.

 

 

Bricks : Dans des villes aux surfaces au sol étriquées où les légitimes exigences environnementales et sociales sont croissantes, quelles solutions explorez vous ?

 

« Less is more » – La densité n’est pas synonyme de dégradation des qualités de vie, au contraire, cela doit procurer services de proximité, mobilités nouvelles etc. C’est donc à nous, qui fabriquons la ville (MOA, architectes et urbanistes mais aussi gestionnaires, investisseurs, concessionnaires…) de permettre de nouvelles formes de mixité, de développer une intelligence de projet où les synergies sont possibles, la mutualisation généralisée et où vivre dans ces villes denses est un gage de qualité de vie ! Il y a là un défi majeur à réinventer la manière de faire projet, et c’est justement ce qu’il est en train de se passer en ce moment. Il faut donc aller encore plus loin et penser cela dans le temps.

 

Nous explorons les pistes suivantes :

 

– Se reconnecter aux espaces naturels urbains : souvent relégués au statut d’espace résiduel, ils ont un potentiel énorme. Idem pour les rivières et fleuves, qui ont été les grands oubliés des deux derniers siècles.

 

– Retrouver de l’espace en hauteur : nous explorons des solutions de surélévation intelligente, dans une ville comme Paris où les toits sont maintenant classés, en mixant cela avec des systèmes de préfabrication. L’idée est double : d’abord environnementale, car il s’agit de réduire les nuisances pour le voisinage, les impacts sur les structures existantes (car structure légère), le coût carbone (structure bois, peu de déchet etc.), et sociale : contribuer à constituer une filière industrielle de préfabrication, d’une main d’œuvre très qualifiée et aux conditions de travail en atelier confortables. C’est aussi une filière qui peut exporter son savoir-faire. Regardez Singapour. 80% de leur production immobilière est faite en préfabrication, car c’est obligatoire. Résultat, ils exportent leur production et leur savoir-faire. Paris est encore plus contraint et encore plus dense que Singapour, nous devrions être en capacité de développer cette filière aussi rapidement que la filière bois s’est constituée ces dernières années. C’est notre nouvelle frontière constructive.

 

 

Mortar : Créer du lien, en faisant couture par l’urbanisme, l’architecture ou l’humain, mais comment ?

 

En développant des concepts hybrides et en contribuant à la douceur dans les opérations d’aménagement. Je m’explique. Les usages divers et donc hybrides, car c’est la nature même de l’humain : nous sommes à la fois des habitants, des travailleurs, des gens qui vont au cinéma, des utilisateurs du club de gym, des pros de la terrasse ou que sais-je. Nous sommes tout à la fois. Or le « taylorisme urbain » a défait ce que des siècles d’histoire avaient constitué en séparant les fonctions. Car si l’on réfléchit, l’artisan qui a son appartement juste au-dessus, qui utilise son local pour les devoirs de sa fille et qui utilise le trottoir comme son show-room, est justement l’incarnation à petite échelle de ce concept hybride. C’est cette mixité des usages que nous devons retrouver pour que les lieux soient à nouveau « habités », le matin comme le soir, et qu’on évite de refaire ces quartiers d’affaire désincarnés qui ne nous correspondent plus.

 

Nous avons donc besoin, nous architectes et maitres d’ouvrage, d’ouvrir la porte et d’inviter à la table à dessin les acteurs de cette hybridité qui commencent à apparaitre.

 

People : Quel rôle et quelle place ont les gens dans vos projets ?

 

Au risque de faire du populisme architectural, les gens sont et doivent être tout le projet. Avant, pendant et après le « projet ».

Avant : il peut sembler compliqué de concevoir à plusieurs, car il faut avoir une culture de projet, une capacité à lire en plan et en trois dimensions, à dépasser son intérêt personnel pour aller vers l’intérêt général… la co-construction est à la mode, mais il reste à trouver la manière de le faire. Nous expérimentons sur nos projets urbains des processus d’ateliers inclusifs, prenant en compte les besoins, souhaits, idées des habitants. De manière itérative. C’est une formule qui nourrit le projet au fil de l’eau, et tout le monde s’approprie le projet.

 

Pendant : la préfiguration est un outil dont il faut abuser. Le monde va toujours plus vite, on ne peut pas attendre 7 ans qu’un projet se construise. Il faut tout de suite tester sur le terrain, à travers des installations éphémères, des happenings, la manière dont le site peut vivre et s’ouvrir aux gens. Les usages qui s’y développent peuvent ainsi être intégrés dans les projets pérennes. Nous testons cet outil à Reims/Port Colbert sur des friches industrielles en plein centre-ville. Nous l’avons appelé la pré-ville, car ce sont des graines de ville et de vie que nous plantons.

 

Après : la pérennité du projet sera perçue à travers sa capacité intrinsèque à évoluer. L’adaptabilité des structures de nos projets sont au cœur de nos réflexions. L’immobilier étant le temps long, il faut prévoir l’imprévisible et donc concevoir des projets agiles, adaptables, flexibles, où les gens peuvent évoluer et faire évoluer les espaces.

 

Martin Duplantier

 

Brancion par Martin Duplantier Architectes (crédit Martin Duplantier Architectes)

 

Réinventer la Seine, Le Marché Flottant des Invalides développé pour Le Grand Réservoir (crédit Martin Duplantier Architectes)

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